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  • : Candidette à Journalism-Land
  • Candidette à Journalism-Land
  • : Blog pas très sérieux d'une Candidette (féminin de Candide) qui s'éclate à Journalism-land, cet univers impitoyable. Au programme: splendeurs et misères du métier, stages et premiers boulots, coups de coeur et coups de gueule, commérage et babillage sur les médias, tout ça avec une bonne dose d'optimisme et de jovialité.
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26 février 2012 7 26 /02 /février /2012 20:25

Mon entourage entier m'a enviée pendant plus d'un an, parce que j'avais un job de rêve. Il avait pas totalement tort et pas totalement raison. Job de rêve, oui MAIS... Lisez bien cet article, et ensuite on en reparlera. 3 guides de voyage à mon actif, et ça y est j'en peux plus. Trop de boulot, trop de galères pour une misère. Et encore, je me suis pas tapé les destinations les plus relous, au contraire !

Déjà quand tu bosses dans l'édition ou le journalisme, y'a plusieurs statuts. Du moins casse-gueule au plus casse-gueule, tu peux être, dans l'ordre :

  • salarié en CDD ou en CDI (en voie de disparition dans le milieu, soyons réalistes)

  • indépendant ou free-lance

  • pigiste

  • auteur (t'es payé à la mission, t'as droit à rien, adieu le chômage, les cotis' et compagnie)

A votre avis, qu'est-ce que j'étais ?

Quant à ceux qui pensent qu'on est payé à rien foutre, juste à voyager tranquille les pieds en éventail, laissons les penser. Pour ma part, j'ai été la travailleuse parfaite. J'ai tout donné et rien pris. J'ai bossé comme une sale acharnée, et toujours rendu un travail béton et à l'heure. Sur mes contrats, il était écrit que je céderais tous mes droits d'auteur, qu'empocheraient gaiement les gérants de cette putain de boîte, que je serais payée tant, et puis salut. J'étais pas obligée d'accepter. Je pouvais ne pas signer. Je suis une jeune femme libre du XXIe siècle, et je fais partie des gens qui ont au moins la chance de pouvoir choisir ce qu'ils souhaitent faire de leurs dix doigts, et c'est à ça que je pense quand j'ai envie de me révolter. Je pense à tous ces gens qui n'ont même pas le droit de se poser la question avant d'aller au charbon faire des métiers épouvantables et payés la misère parce qu'ils n'ont tout simplement pas le choix.

Mais disons-le tout de même. Toute mon énergie, toute ma sueur, mes jours et mes nuits pendant des mois pour 1300 €. Et je l'ai fait 3 fois comme ça. Parce que ce que j'ai fait, je l'ai pas fait pour ces clopinettes, je l'ai pas fait pour ces exploiteurs, je l'ai fait pour moi. Après ça, on m'appellera même pas pour me dire que mon œuvre est sortie en librairie, on m'invitera pas pour fêter ça, on ne me félicitera pas. On m'enverra 3 exemplaires, mon salaire tout pourri et on m'oubliera. A part ça, moi j'estime que c'était une expérience d'enfer.


Parce que le problème, il est où ? L'essentiel, c'est d'avoir au moins conscience qu'on est traité comme de la crotte. Ensuite, si ça nous chante, on peut dénoncer les abus dont est victime, au moins pour que ça se sache. Après ça, c'est une question de rapport à soi-même et une question de choix. Savoir ce qu'on vaut, savoir ce qu'on veut et surtout rester fidèle à soi-même. Est-ce que je reste sur le banc de touche en attendant de choper le poste de mes rêves avec la reconnaissance et la rétribution que je mérite, en m'écriant « non je refuse d'être exploitée, garde tes 3 sous pour d'autres pigeons ! » ? Ou est-ce que je prends tout, même ce qui est sur black-list (dans la limite de mes convictions éthiques tout de même) en attendant, pour l'expérience, la découverte et la gloire ?

Sur le forum chouchou des journalistes par exemple, Categorynet.com, vous trouverez mille débats de ce genre, où les gens s'insultent presque au nom du Saint-Journalisme parce que des apprentis sont prêts à bosser gratuit pour faire leurs premières armes, pendant que d'autres se battent contre la non-reconnaissance et la précarité actuelles du métier. Mais qu'est-ce qu'on s'en fout de ces discours stériles sérieux, à la fin, ça fait rien avancer du tout ! Pour moi le choix est vite fait, il n'y a pas à débattre pendant 30 ans sur des forums. Tout le monde sait que beaucoup restent dans ce métier par passion, si t'as pas la passion, ou que t'en as marre de galérer, tu te barres. J'aime pas spécialement emprunter des expressions au président de la République, mais là, je suis obligée : le journalisme, tu le kiffes ou tu le largues. C'est un métier bouché, alors quand on y va, il faut ensuite assumer. Point barre. Si j'y arrive pas, ou que j'en peux plus, je me reconvertirai au lieu de me plaindre et puis c'est tout.


Moi y'a un an et quelques mois, je débarquais sur ce marché bouché avec conscience et de mon plein gré, après une courte carrière comme bibliothécaire et une reprise d'études. Suite à mon dernier stage, j'ai eu cette opportunité, je l'ai saisie, et franchement j'ai bien fait. Je l'ai fait, j'en ai ma claque pour plusieurs raisons alors j'arrête, mais je me suis bien éclatée aussi, j'avoue. Il faut garder le meilleur et tirer des leçons des galères, c'est toujours pareil. J'ai voyagé gratuit sur des îles paradisiaques, j'ai dormi dans des hôtels 5 étoiles où on m'a traitée comme une star, j'ai lézardé sur les plus belles plages du monde. Mais il m'est aussi arrivé autant de mésaventures. Quand je ne galérais pas avant pour l'organisation, je galérais pendant pour des problèmes de logistique, d'argent, de compréhension, de route... J'ai connu des grands moments de peur, de panique, de stress, d'énervement et surtout, de solitude lol. Au resto, quand vous arrivez, première question : « Vous êtes seule ? ». T'as parfois envie de répondre : « Non, je suis avec l'homme invisible ». Dans la rue, première question : « Vous êtes en vacances ? ». Mystère, mystère. Qui est donc cette étrangère, qui ressemble à une Américaine mais qui parle l'anglais comme Paris Hilton parle le français, qui a l'air aussi riche que Jésus et qui pourtant se paie des nuits d'hôtels en solo à 200 dollars la nuit ?

Mais ma virée aux Maldives, j'avoue, c'était le bonheur et l'ataraxie totaux, et ça compensait les merdouilles que j'ai véçues avant et après le voyage. C'est en fait le genre de destination bon plan, parce que c'est le paradis, y'a rien à visiter, y'a que des hôtels 5 étoiles et des plages, et t'as pas trop de trucs à gérer. Donc ça a été relou avant parce que j'ai vraiment du me battre pour ce voyage qui pourtant m'était dû ne serait-ce que pour que je puisse remplir ma mission (voir mon article précédent "Maldives, les secrets d'une mission presque impossible"), et après, pour tout ce que la rédaction d'un guide peut coûter de tortures rédactionnelles, de coups de téléphone, de mails, de recherches sans fin, de crises de perfectionnisme aigu, d'impressions que tu finiras jamais, au point que ton coloc te dit que dans 60 ans, quand il te demandera de tes nouvelles, tu lui diras avec ta voix de petite vieille : « Ben écoute le guide Maldives, je crois que je vais crever dessus ».

Mon 3e guide était celui du ras-le-bol. 2 mois et demi de plus sans vivre, sans sortir et sans dormir. Oui il faut le savoir, quant t'es rédacteur de guides, t'as plus de vie aussi. Pendant un an, je me suis paradoxalement coupée du monde, car en dehors de mes voyages, j'ai mené une vie de moine tibétain. Des fois, t'en as tellement marre, t'as tellement envie de te distraire, que te retrouves à taper sur google des trucs totalement hors-sujet genre « manger des carottes crues », «Mila Kunis », « créer son entreprise », ou encore « soldes pulls cachemire ». Parce que ça te saoûle, t'en peux plus, t'as juste envie de retrouver une vie à peu près normale. De temps en temps, un pote arrive à te sortir pour aller prendre un verre, et il te demande si au moins t'as le temps de te raser les aisselles, parce que là, ce sera vraiment devenu très grave.

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Les 10 commandements du Petit Fut Fut

Alors Ô toi jeune compère qui rêves de faire mon taf, toi qui veux être un Petit Fut Fut, voilà tout de même une petite soupe de conseils qui ne te seront pas inutiles. Si tu tiens à te faire entuber le moins possible (je peux pas dire ne pas te faire entuber, car tu le seras forcément à partir du moment où tu signeras un contrat avec cet éditeur), voilà les 10 grands commandements que tout Petit Fut-Fut se doit de respecter s'il ne veut pas se planter. Je dis bien que je parle du PF, car j'ignore comment ça se passe chez les autres éditeurs, même si j'ai pu avoir quelques échos pas très roses non plus.  

Soyons réalistes, pragmatiques et efficaces. Dis-toi bien qu'au PF, tout le monde s'en fout, de ta gueule. Ton référent de rédaction, souvent responsable éditorial, est à la limite le plus susceptible de moins s'en foutre, car la plupart du temps, il est passé par là aussi, il a trimé au Mali, au Sri Lanka, en Argentine, en Roumanie... Le problème, c'est que les responsables éditoriaux sont overbookés tout le temps, ils ont 36 guides à valider en peu de temps, 36 auteurs à gérer, et donc toujours 36 trucs à faire. Mais si tu leur poses des questions, surtout si c'est par téléphone pour aller plus vite, ils te répondront. C'est déjà ça.

 

1.JE NE PRENDRAI JAMAIS UNE PREMIERE EDITION

A moins que tu ne sois maso, n'y pense même pas. Les créations de guide, c'est l'enfer. Tu vas galérer et suer pendant des mois et des mois dix fois plus que pour une réédition, et pour une misère. Ce témoignage en date de 2003 d'une ex-auteur parlera mieux que moi.

« J'ai écrit un guide pour le PF voilà quelques années. Je revenais d'un séjour d'un an dans un pays d'Amérique latine et j'ai proposé mes services... Bilan des courses : 4 mois sur place, 4 mois de rédaction en France : le tout payé pour 20 000 F (6100 euros) après avoir d'âpres négociation et en menaçant de ne rien rendre et de mettre mon guide sur le net gratuitement ! C'est moins que le RMI, c'est honteux pour 750 000 signes et des photos ! Inutile de dire que la publicité (difficile à vendre lors d'un travail de reportage sans cravate, temps, ligne téléphonique et carte de visite, m'a juste permis de faire de faire un échange de trois séjours de 3 jours dans les coins les plus inaccessibles du pays...)
J'ajoute que je devais faire l'enquête à mes frais et que seul l'avion était offert ! Royal ! J'ai donc passé mon séjour dans des hôtels 3 cafards, dormi dans les bus ou sur la plage, mangé du riz aux oeufs etc... J'ai même essuyé un tremblement de terre... Sans que le PF ne s'en soucie...
Ce genre de guide joue sur la naïveté de jeunes auteurs. Cette expérience m'a dégoûtée de l'édition. Entre mauvaise foi et mesquinerie, les dirigeants de cette boîte se comportent comme des négriers. »

2.JE NE PARTIRAI PAS PLUS DE 15 OU 21 JOURS

Même si le pays à explorer est 3 fois plus grand que le France. Quand on a une enveloppe de frais d'enquête de merde, genre quelques centaines d'euros, soyons réalistes, ne nous compliquons pas la vie plus qu'elle n'est compliquée. De toute façon, t'es libre de décider la durée de ton séjour, puisque c'est toi qui l'organises tout seul de A à Z. Tu visiteras ce que tu auras le temps de visiter, point barre, même si c'est qu'un tiers du pays.


3.J'AURAI 1000 EUROS SUR MON PUTAIN DE COMPTE AVANT DE PARTIR

Et oui, bonne nouvelle, tu dois avancer ton billet d'avion et tes frais d'enquête ! Tu croyais quand même pas qu'on allait te filer une CB ou plein de jolis billets à claquer selon tes envies, non plus ?! Prévois donc une petite marge, car si t'as envie de te faire un peu plaisir pour ton propre compte (souvenirs, fringues, bien-être, produits locaux... gigolos ? Non je lol), et que tu peux pas, tu seras frustré. Le billet d'avion te sera remboursé entre 1 et 3 semaines après que tu l'aies acheté. Pareil, les frais d'enquête ne te seront remboursés qu'au moins 10 jours après réception de tes notes de frais à ton retour. Dans l'idéal, pour que tu sois tranquille quand tu rentres, bosse durant les mois avant ton départ. Chope un job d'1 ou 2 mois qui si possible prend pas trop la tête, qui fatigue pas trop, qui demande pas trop de réfléchir, et pendant ce temps, tu prépares ton voyage. Genre... euh je sais pas moi, employé administratif, cat-sitter, hôte d'accueil, masseur, trieur de courrier, éboueur, vendeur de légumes, gardien de parking... ce sont ces petits boulots-là qui te permettront de survivre et de toucher les Assedic en attendant le jour où tu voudras passer à autre chose.


4.JE SERAI ORGANISE(E) COMME LE FBI QUI PART EN MISSION

Ne pars surtout pas la fleur au fusil, c'est carrément fatal ! Personne, j'ai bien dit personne ne t'aidera à organiser ton voyage. T'es tout seul devant ton PC et ton tél. Si tu peux pas appeler gratuit le pays en question depuis ta neuf box ou autre, il faudra tout faire par mail, et si besoin passer au bureau de la rédac pour passer des coups de fil. Pour ton voyage, il faut que tout soit réglé comme du papier à musique. Tu ne pars pas sans avoir casé toutes tes nuits d'hôtels, sans avoir fait tes réservations de train, de cars, de locations de voiture... sans t'être créé un itinéraire précis, sans avoir fait la liste des villes où tu passeras, des établissements que tu visiteras, des restaurants que tu testeras, des nouveautés du pays que tu découvriras, sans avoir prévenu de ta visite les offices de tourisme et divers organismes touristiques où tu aimerais rencontrer des professionnels... et bien sûr sans avoir lu entièrement l'édition précédente du guide, ça va de soi, ni sans t'être renseigné un max sur la destination en dehors de ce guide.


5.JE VERIFIERAI TOUT CE QUE JE PEUX VERIFIER

La vérification des établissements qui sont déjà présents dans l'édition précédente du guide est une étape très importante. Tu peux très bien en rajouter peu, faire peu de changements au niveau du contenu. Mais ce qu'il faut vraiment éviter, c'est les yaourts périmés dans le frigo. Les restos fermés depuis 5 ans, et qui sont encore dans le guide, ça craint vraiment du boudin. Donc pour limiter les dégâts, mais aussi gagner du temps dans ton travail, t'as tout intérêt de faire en sorte de vérifier l'existence d'un max d'établissements sur place, et à récolter un max d'infos sur leur compte. Le reste, tu devras vérifier devant ton PC et ton tél. Et crois-moi, c'est bien plus de boulot que tu l'imagines.


6.JE PROFITERAI UN MAX

Fais-toi plaisir autant que tu peux. Car si t'es mal payé en euros, au moins tu seras un peu rincé en cadeaux. Si un office de tourisme te paiera un resto, un autre te fera peut-être quelques présents. Les hôtels pourront peut-être t'offrir en ta qualité de VIP un petit massage par ci, une petite excursion par là...ou simplement le petit-déjeuner qui parfois n'est pas compris dans le prix de la nuit. Si t'es du genre charmeur, arme-toi de tes jolies paroles et de ton plus beau sourire, et tu devrais pas avoir trop de mal à obtenir des petits trucs comme ça. Si t'es dans une destination paradiasiaque, PRO-FI-TE. C'est mérité.  Pas la peine de te presser le citron, d'autant plus que dans ces pays en général, personne n'est stressé. Où que tu sois de toute façon, ne te surmène pas en courant toute la journée de 8h à minuit, prends des moments de repos, comme si t'étais en vacances, car dis-toi bien que si ton délai de rendu est serré, c'est en rentrant que tu tourneras à du 8h-minuit devant ton PC.


7.JE N'ABUSERAI PAS DES RESTOS

Tester des restos et bouffer gratos aux frais de la princesse, c'est le rêve de plein de monde. Je te vois déjà te lécher les babines d'avance, gourmet. Mais attention, ton budget est restreint, et te permet finalement pas de faire des folies gastronomiques. Déjà les restos à plus de 20 €, oublie. Ensuite, ne retourne pas dans les restos qui sont déjà dans le guide, passe juste pour mettre à jour les infos, mais le but, c'est de dégoter de nouvelles adresses pour la nouvelle édition dans la mesure du possible. Tu ne pourras pas t'en payer tous les jours, à part si t'es dans un pays où la vie est vraiment low cost. En préparant ton voyage, pense à demander aux hôtels qui t'accueillent une nuit s'il est possible qu'ils t'accordent la demi-pension, voire, de temps en temps, la pension complète. Si c'est pas possible, t'auras au moins essayé. Achète-toi à grignoter dans des supermarchés pas chers, bouffe sur le pouce, ou alors ne bouffe pas. Budget d'enquête serré mon gars, budget serré !

 

8.JE DEMANDERAI TOUJOURS DES FACTURES POUR TOUT

Même quand il n'y a pas lieu d'en demander. Mieux vaut se faire rembourser trop que pas assez. Et pour ce que tu vas gagner, franchement, les euros sont précieux et t'as pas besoin de réduire encore plus ton gagne-pain. Fais-toi tout rembourser, tout ce que tu bouffes, tout ce que tu visites, tout ce que tu fais... même les glaces, les parasols et les masques et tubas. A part bien sûr, faut pas rêver, les extras du genre soins de beauté, et conneries comme ça. Les pourboires, c'est toi qui voit, mais qui dit pas de facture dit pas de remboursement. Note bien toutes tes dépenses une à une au jour le jour, conserve bien précieusement les factures et garde toujours un œil sur l'état de ton budget d'enquête, ça part plus vite que tu le crois.


9.JE FERAI CE QU'IL ME PLAÎT MAIS JE DIRAI LA VERITE

Ce qui est génial, c'est que tu peux vraiment bosser comme tu veux de A à Z, libre comme l'air. T'es pas dans un bureau, avec un patron qui te dit quoi faire, quoi penser, quoi écrire et comment. Tu trouves que le PDG de cette boîte est un gros malotru ? C'est pas grave, tu t'en fous, tu le vois jamais. T'es chez toi, y'a personne pour te surveiller ou te mettre la pression. Même ton référent de rédaction, la seule personne avec qui t'es en contact dans l'histoire, n'a pas le temps de te demander des comptes.

Alors maintenant à toi de voir si tu préfères rendre un travail à la hauteur de ton salaire, c'est-à-dire bâclé et bidon - sachant que ton nom sera dans le guide mais que de toute façon on viendra même pas t'engueuler (encore heureux!) parce qu'on sait qu'on se fout de ta gueule – ou si tu préfères rendre un travail d'esclave, un guide niquel carrément révolutionné, bien revu et corrigé, tout doux tout neuf lavé avec Mirlaine, parce que t'as une conscience professionnelle et que t'as envie de faire les choses bien quand même. La reconnaissance sera la même dans tous les cas, c'est-à-dire nulle. Mais bon, c'est à toi que tu fais plaisir quoi.

Par contre, si tu partages les valeurs éthiques du métier, si t'es sensible à tout ce qui se passe dans le monde, si t'es pas un vendu, dis la vérité. Je m'explique. Bien sûr t'es pas en reportage pour Libé, et un guide de voyages se doit obligatoirement de présenter une destination comme belle et attractive au lecteur, c'est la règle. Donc tu ne peux logiquement pas dire que le pays pue du cul, qu'il faut pas y aller tout ça, même si c'est ce que tu penses (évidemment, à part si t'es suicidaire, ne prends pas les guides Afghanistan, Irak, Syrie...mais enfin est-ce utile de le dire ?). Par contre, dans la mesure du possible, n'enjolive pas, ne minimise pas, et ne raconte pas des bobards. Exemples : si la misère règne dans le pays, si les gens sont corrompus, si les femmes sont battues, si les jeunes sont délinquants et drogués, si le gouvernement est entre les mains d'un dictateur ignoble, si la populace est sous le joug d'une tyrannie, et autres abominations de ce genre... ben il faut le dire ! La superbe partie DECOUVERTE est faite pour ça. T'es pas là non plus pour prendre les gens pour des cons et leur faire croire qu'on est au pays des Bisounours. De même que, si un resto ou un hôtel qui est dans la dernière édition est en fait pourri, vire-le. S'il est potable mais très moyen, descends-le un peu. Si par exemple c'est une auberge de jeunesse vraiment pas chère, qui a plein d'atouts, mais où les douches sont dégueulasses, eh ben dis-le. Pas comme ça, mais bon, subtilement, exemple : « le ménage laisse à désirer dans les salles de bains »... hop, et voilà !


10.JE GUEULERAI UN COUP SUR MON EMPLOYEUR SI NECESSAIRE

On est sensé te rembourser tes frais d'enquête maxi 2 semaines après réception de tes notes de frais. On est sensé te verser la moitié de ton magnifique salaire de Chinois la semaine qui suit la validation du guide (soit en général 2 ou 3 semaines après que tu l'aies rendu, youhou!), et l'autre moitié la semaine qui suit la date prévue de la publication du guide (en général il sort toujours avec au moins 3 semaines de retard dans les librairies, mais c'est pas de cette date-là qu'il faut tenir en compte, plutôt de la date annoncée au départ dans la base de données du guide). Si tout ça n'est pas fait à temps, hésite pas à appeler ou envoyer des mails au service des ressources humaines pour mettre la pression. Gentiment au début, un peu vénère ensuite si ça traîne. Que tu sois à découvert de 800 euros à cause de leur gueule, que tu doives payer ton loyer, que t'aies envie d'acheter des cadeaux pour Noël, faire les soldes ou juste manger, ce sera jamais leur problème.

 

CONCLUSION


Ce serait un job de rêve si on était payés à la hauteur de tout le boulot, toutes les misères, tout le temps, toutes les heures que ça représente, c'est-à-dire, je dirais... 5000net pour une mise à jour de guide. Et encore, je suis sympa, ça c'est pour 4 ou 5 mois de taf tout compris avec des horaires dépassant souvent de loin les 35 heures par semaine évidemment (jusqu'à disons 70 heures). Donc à ce prix-là, on serait payés à peu près « décemment », mais on pourrait même pas dire encore que c'est vraiment « bien payé ». Là d'accord, je dirais à la limite que c'est un JOB DE RÊVE, mon gars. Maintenant, si tu as la trouille de galérer, d'être écoeuré du monde de l'édition, si tu préfères la jouer petit flippé, je te comprends à 100%, et alors dans ce cas, n'y vas pas. Ce genre de plan, il faut que le cœur y soit. Dis-toi que si eux se font des couilles en or sur ta poire, toi pendant ce temps, tu te fais un CV et un petit bagage professionnel en or sur la leur. A toi de voir... mais c'est Marche ou Crève, il faut le savoir. En attendant, je suis sympa, je te laisse le guide Saint-Barthélémy/Saint-Martin 2012-2013 qui me fait du gringue depuis quelques semaines. Alors dépêche-toi de postuler, car ça, c'est un putain de bon plan. J'ai mal au cœur de renoncer à une telle destination. Mais tu vois, j'en ai marre à ce point là. Cette année je reste à Bobigny City plage, je cherche un boulot un peu plus stable, quelque chose qui ressemble plus à un CDI ou un CDD, je postule sévère, et Saint-Barth, j'irai là-bas en vraies vacances quand j'aurai les moyens. Oui, on y croit !  

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commentaires

Ludivine 09/07/2013 15:10

J'hésite à accepter le job, c'est 2 missions en contrat d'auteurs pour des guides régionaux, 1350€ et 475€, mais la masse de travail me parait énorme et incompatible avec un 2' travail...